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Au Chili, des centaines d’étudiantes occupent des universités pour dénoncer le harcèlement sexuel

Les manifestantes exigent un protocole à appliquer dans les universités en cas de harcèlement sexuel.

Par  (Buenos Aires, correspondante)

Publié le 12 mai 2018 à 11h47, modifié le 13 mai 2018 à 09h59

Temps de Lecture 3 min.

Manifestation contre les violences faites aux femmes, à Santiago du Chili, le 11 mai.

On n’avait jamais vu cela au Chili. Depuis deux semaines, des centaines d’étudiantes occupent, les unes après les autres, des universités à travers tout le pays, pour dénoncer le harcèlement sexuel et le sexisme dans l’enseignement supérieur, exigeant une lutte effective contre les violences sexuelles.

« Education sexuelle publique, féministe et non sexiste », « Non au harcèlement sexuel et à l’impunité » ou encore « Etat patriarcal, nous allons t’avorter » : d’immenses banderoles recouvrent les façades de près d’une vingtaine de prestigieux établissements supérieurs à Santiago, mais aussi à Valdivia, Concepcion et Temuco, dans le sud du pays, en passant par Valparaiso (Centre-Ouest). Ce mouvement a été rejoint à Santiago par des élèves de plusieurs collèges qui dénoncent des dizaines de cas de harcèlement sexuel, ignorés par les autorités.

L’occupation féministe des universités est partie, à la fin d’avril, de l’université australe de Valdivia après qu’un enseignant, soupçonné de harcèlement sexuel sur une employée, a été renvoyé, tout en bénéficiant d’une importante prime de licenciement. Deux semaines plus tard, c’était le tour de la faculté de droit de l’université du Chili, où les étudiantes ont dénoncé l’inefficacité de la procédure engagée contre un professeur, lui aussi accusé de harcèlement sexuel à l’encontre d’une étudiante. Après huit mois d’enquête, cet enseignant a simplement été sanctionné pour faute administrative.

« Un traitement des femmes terriblement injuste »

Les manifestantes exigent que toutes les universités mettent en place un protocole à appliquer en cas de harcèlement sexuel et que les coupables soient systématiquement sanctionnés, ce qui est rarement le cas aujourd’hui. Actuellement, aucun texte n’encadre le harcèlement sexuel entre professeurs et étudiants au sein de l’université. Les étudiantes dénoncent également le manque criant de parité dans les postes à responsabilités au sein des universités, occupés en grande majorité par des hommes. Elles réclament par ailleurs une féminisation des enseignements par l’introduction des problématiques de genre dans chaque spécialité, une plus forte présence des auteures dans les bibliographies, et elles rejettent la catégorisation entre carrières considérées pour les femmes et d’autres pour les hommes.

Manifestation contre les violences des hommes vis-à-vis des femmes, à Santiago du Chili, le 11 mai.

Face à l’ampleur du mouvement, qui n’a d’antécédent que les grandes mobilisations étudiantes de 2006, le ministre de l’éducation, Gerardo Varela, a été contraint de réagir. Après s’être réuni, le 9 mai, avec la ministre de la femme, Isabel Pla, il a affirmé être partisan d’« une éducation non sexiste ». M. Varela, qui s’oppose à la gratuité de l’éducation, est, en outre, critiqué par les manifestantes pour avoir nommé comme chef du service juridique du ministère de l’éducation Tomas Henriquez, qui s’est prononcé à plusieurs reprises contre la diversité sexuelle et le droit à l’avortement. La ministre de la femme a rappelé, pour sa part, que « l’égalité de genre fait partie du programme de gouvernement ». Selon elle, « il n’y a aucune raison au Chili pour que des situations de violence, du harcèlement sexuel jusqu’au viol ou le féminicide restent impunies ». Jusqu’à présent, ces deux ministres ne se sont pas réunis avec les étudiantes. Le ministère de la femme et de l’égalité des genres a été créé en 2006 par l’ancienne présidente socialiste Michelle Bachelet (2014-2018, 2006-2010).

« Il existe au Chili, de toute évidence, un traitement des femmes dans l’éducation qui est terriblement injuste, avec des professeurs, qui, souvent, sans s’en rendre compte, discriminent leurs étudiantes », a admis le recteur de l’université Adolfo-Ibanez, Harald Beyer. L’écrivain chilien Rafael Gumucio a, pour sa part, enflammé les réseaux sociaux en critiquant les occupations féministes des universités, les qualifiant de « mouvements de femmes célibataires, sans enfants et sans trop de problèmes économiques » ayant « une forme de narcissisme » qui, selon lui, « n’ont rien à voir avec les historiques revendications féministes ».

Scandales

Dernièrement, la société chilienne, très traditionnelle et machiste, est confrontée à une série de scandales d’abus sexuels, comme le viol collectif à Santiago d’une jeune femme de 28 ans par cinq hommes portant des maillots de l’équipe de football de l’université du Chili, qui n’ont toujours pas été arrêtés. Mais aussi le viol et le meurtre brutal d’Ambar, une enfant de 20 mois. Le 3 mai, jour des funérailles de la petite fille, auxquelles ont assisté des milliers de personnes, le président de droite Sebastian Pinera a présenté au Parlement un projet de loi pour que les agressions sexuelles deviennent imprescriptibles. Jusqu’à présent, la prescription au Chili était de cinq ans pour les délits contre les mineurs et de dix ans pour les crimes visant des enfants.

Lorena Astudillo, avocate du Réseau chilien contre la violence contre les femmes, rappelle qu’en 2017, il y a eu 36 féminicides au Chili et 96 tentatives d’assassinat de femmes. La même année, 22 540 plaintes pour agressions sexuelles, soit près de trois toutes les heures, ont été enregistrées, selon les chiffres du parquet national chilien.

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